Reconnaissance… Celle de se lever le matin, de buter dans un notre corps, un qui vous donne tout l’Amour que vous n’avez pas pour vous-même, et Dieu sait que ça fait beaucoup d’Amour tout ce vide en vous que ce Prince comble.

Celle d’être en vie cet énième jour ou la douleur n’a pas vaincu. Bien que présente, elle ne nous vous a pas assiégée, lapidée et jetée pour morte à la fosse. Je dis «pour morte» parce que j’avais des fois l’impression d’être pour les morts parce que pas en vie, pas dans le sens où vous l’entendez. Notez que je parle au passé. Mais on en reparlera plus tard.
Celle, de fait, de sentir l’apaisement jouer avec votre bouche et y dessiner la joie naturellement en vous qui peut enfin aller jouer dehors, sur vos lèvres. La sentir s’agrandir, se répandre. Comme il est bon de s’exprimer. Et de montrer votre vraie nature, taquiner le chéri, caresser le chat, ou l’inverse. Contempler la beauté du chat, se l’injecter dans le coeur et nourrir le chéri. Ou l’inverse.

La reconnaissance d’avoir un toit au-dessus de sa tête, même si on a l’impression d’y avoir les sept nains en géants qui bossent à la mine alors que c’est le voisin du dessous qui a sûrement besoin qu’on sache qu’il est bien là.
Celle d’avoir les placards pleins, l’embarras du choix pour se remplir la panse et même de glisser une main dans le bocal pour manger quelques bonbons pendant que les oeufs cuisent. Oui, ce n’est pas bien, mais la reconnaissance ça marche aussi pour les papilles qui mettent plus de coeur à l’ouvrage, elles aiment qu’on les titillent! (Pas mal cette excuse, non?)

Celle de retourner au lit les mains pleines, de les vider, de les glisser dans les mains de cet homme qui devance le soleil, dans tous les sens du terme.
Une fois rassasiée, filer à la salle de bain se faire propre comme une femme neuve, se faire belle comme on voudrait l’être, là aussi il y a de la reconnaissance. Merci aux créateurs de maquillage de nous permettre de nous montrer sous notre meilleur jour. Reculer un peu, regarder que tout est en ordre, laisser la place au râleur dans le salon. Depuis quand sommes-nous longues dans la salle de bain?

A onze heure attendre un coup de téléphone et c’est là, la vraie reconnaissance! Elle mérite une majuscule et même toutes les majuscules. Elle devrait ne connaître que l’italique, le caractère gras pour sauter à la vue et s’imposer. Le caractère gras aussi parce qu’elle doit être bien nourrie, bien comblée.

Je vous parle de mon amie Paula. Si vous êtes sur Facebook vous avez du manger de Paula à toutes les sauces et ne pas faire d’overdose car on n’a jamais assez de ce genre de personne. Paula qui se déguste avec de la pâte à couffin (elle, elle sait) et ça la rend encore plus exceptionnelle. Paula qui m’a sauvé, il faut bien le dire.

Ça a commencé au mois de Janvier, quand j’ai cessé d’être butée, fermée, trop cartésienne (par commodité?). Elle me l’a dit, il y a quatre ans, pourtant qu’elle détenait le secret de ma vie, la vraie, l’actuelle (bon d’accord pas en ces termes, la vanité ne fait pas partie de ses molécules) mais, la bonne obtuse que j’étais ne voulais rien savoir. C’était sur les radios alors il n’y avait pas à chercher plus loin. Sauf, que c’était justement plus loin que se trouvait mon acte de naissance.
Je vous parle de naissance car souffrir en continue pendant un tiers de sa vie, ce n’est justement pas une vie. Ne connaître que le mal, l’obstruction, l’empêchement, la paralysie, ne plus savoir ce que c’est que d’aller bien pendant au moins une toute petite minuscule seconde, ce n’est pas une vie. La douleur chronique, ça vous coupe de la vie, vous la mâche, vous la dévore et vous l’éjecte dans un organe rempli d’acide qui vous rongera jusqu’à dissolution totale.
Ma dissolution à moi n’était plus très loin, je ne me digérai plus moi-même! Et puis, le signe. Et puis, Paula.

Paula est ma guide depuis trois mois maintenant. Elle a été mon amie, avec beaucoup beaucoup de patience, pendant toutes ces années mais maintenant elle me montre le chemin, celui qui me mènera au vrai moi subsistant au fond de ce mètre soixante sept de femme latine pleine de dualités et d’extrêmes. Elle dit qu’elle est accompagnante mais elle est bien plus que ça car quand je lui ai demandé de m’aider pour ce poison qui me rongeait la tête, elle ne s’est pas contentée de trouver comment réparer mon corps, elle a travaillé au coeur du système, parce que oui être moi c’est tout un système. C’est comme si elle était en train de me rebooter et depuis que la réinstallation est en cours mon corps va mieux et mon âme aussi. Et mon coeur aussi.

Pour résumer, sinon ce serait très très très long. Je peux vous dire que j’apprends à être bonne copine avec moi-même, et pour ce qui me connaissent vous savez que ce n’était pas franchement gagné. J’ai compris certains de mes maux physiques et ai réussi à les faire disparaitre. Je commence à connaître la sensation de bien-être, l’autosatisfaction. Mes freins, qu’on se met finalement tout seul, se desserrent petit à petit. Je parviens à comprendre certaines de mes crises et à les faire partir assez rapidement, ça a été le cas hier encore une fois. Le plus important : j’ai découvert que je pourrais aller bien, qu’il y avait une vie pour moi aussi, que je la méritais. Voilà pourquoi je vous parle de naissance.

Maintenant, Paula, je m’adresse à toi.
Tu le sais, je te l’ai dis je ne sais plus combien de fois, tu es la personne la plus précieuse que j’ai rencontrée et il n’existe sur cette Terre, et ce bien malgré le nombre de langues qu’elle entend chanter toute la journée, aucun mot pour t’exprimer ma reconnaissance, pour te faire transparaître tout ce que tu m’apportes.
Je ne te dirais donc que ce mot qui bien que souillé par la banalité de l’emploi ne peut qu’être, qu’à lui seul, les messagers de toute ma gratitude pour toi : MERCI!
Je te remercie comme un enfant remercierai sa mère de lui avoir donné vie. Ce qui pour toi n’est qu’un accompagnement est pour moi un coeur qui bat pour la première fois depuis trente-deux ans.

Ainsi se finit mon texte. Mes mains quittent le clavier pour se joindre, en signe de reconnaissance.

 

Tophe Harper.